La monnaie


Le débat contemporain sur la nature des économies monétaires ne fait que reformuler des clivages théoriques anciens. Le débat a pris racine à l'extrême fin du 18ème s. avec la controverse sur l'or. Les bullionnistes affirmaient que la monnaie était externe et qu'elle est cause d'inflation. Au contraire, les anti-bullionistes affirmaient que la monnaie était créée spontanément par l'escompte des traites pour les besoins du commerce, toute la monnaie créée ayant une contrepartie réelle. Les causes de l'inflation doivent être recherchées ailleurs.
Les bullionistes sont devenus des monétaristes. Ils mettent en accusation l'explosion mondiale de liquidité qui n'a plus connu 'obstacle après la suuspension de la convertibilité-or du dollar en mars 1968 et sa suppression définitive en août 1971.
Les anti-bullionistes se reconnaitraient dans la tradition post-keynésienne, dont le manifeste est le rapport Radcliffe (fin des années 1950). Selon eux, l'origine de l'inflation doit être recherchée dans les effets de la guerre du Vietnam, la pression salariale qui incita à une demande de crédit.
La monnaie externe se base donc sur une émission exogène, le quantitativisme, des chocs monétaires sur l'offre de liquidités, c'est la currency school. Dans les années 1950, les auteurs de la monnaie interne ont reformulé la position de la currency school sous le label de nouvelle théorie quantitative de la monnaie.
La monnaie interne se base sur une création endogène, les real bills, les chocs réels sur l'activité économique, c'est la banking school.
 Au début du siècle, des écoles remarquables en Scandinavie et en Autriche tentèrent la synthèse.
La révolution keynésienne établit un lien entre monnaie et incertitude d'une grande portée. La plupart des intutions keynésiennes furent intégrées dans la pensée néo-classique, et elles perdirent de leur dynamisme, surtout que les crises monétaires semblaient appartenir au passé.
Le débat monétariste au début des années 1970 fut débordé par les interrogations sur les comportements microéconomiques dans les économies monétaires. Il y a d'une part les partisans des anticipations rationnelles (nouvelle économie classique) et ceux de la nature conventionnelle de la monnaie (nouvelle économie keynésienne), qui justifie l'importance des règles et des micro-institutions.

1. Le débat macroéconomique sur la monnaie externe et la monnaie interne
La monnaie externe est potentiellement à la discrétion de l'institut d'émission. Mais, le pouvoir de l'institut est illusoire car la théorie quantitative de la monnaie prétend que celle-ci est neutre, l'économie réelle n'étant pas affectée. Cette position découle d'une démarche intellectuelle mise en oeuvre depuis A. Smith, qui s'identifie à la théorie de la valeur. Se pose alors le problème de l'intégration de la monnaie, car il ne faut pas faire la confusion entre l'or-marchandise et l'or-monnaie.
Smith s'opposait aux thèses mercantilistes. Pour lui, l'or et l'argent monétaire ne font pas partie de la richesse des nations. Ils n'ont pas de valeur intrinsèque, cad pour smith de pouvoir d'achat sur le travail d'autrui. Cette ancienne théorie quantitative pose que le marché de la monnaie n'a pas d'influence sur les marchés réels. Elle est fautive.
Dans la nouvelle théorie quantitative, la monnaie a une influence réelle sans altérer l'équilibre des prix relatifs. Cette tradition est présente chez Marshall, représentée par Pigou, reformulée par Friedman et exposée rigoureusement par Patinkin.
Les anti-quantitativistes on été sensibles au développement de la monnaie bancaire. Pour eux, l'offre de monnaie est endogène (les crédits font les dépôts). Selon la loi du reflux (Tooke et Fullarton, promoteurs du banking principle au milieu du 19ème s.) si les banques émettent trop de billets, l'excès leur revient instantanément en remboursement de prêts antérieurs ou par conversion de pièces métalliques. Il est vain et malsain de vouloir contrôler l'agrégat monétaire. Cette position risque cependant d'entraîner des fluctuations économiques et des crises financières.
Wicksell établit une synthèse. Il admet que l'économie réelle a un équilibre unique (taux d'intérêt naturel, qui donne le plein-emploi), qui ne doit rien à la monnaie. Wicksell était pessimiste sur les capacités régulatrices de la politique monétaire. Le processus du déséquilibre monétaire a été développé par l'école suédoise et notamment Myrdal, qui prône que la réduction du déséquilibre inflationniste passe par l'adaptation du taux naturel. Pour Hayek, qui prend en compte les durées des processus de production, les déséquilibres prennent leur source dans l'économie réelle, et découlent d'instabilités dans les comportements des épargnants. Du fait de la complexité des processus, Hayek doute qu'une politique monétaire puisse contrecarrer les fluctuations de la production. Rueff s'attache à définir le bon régime monétaire dans une économie à monnaie interne. L'institution cruciale est pour lui la convertibilité entre monnaie bancaire et monnaie métallique.

La révolution keynésienne et le débat sur la nature de l'économie monétaire

SciencesEconomiquesl.com - Tous droits réservés