Histoire des faits économiques


A la fin du 19ème et au début du 20ème s., les ouvrages et revues économiques accordaient beaucoup de place à l’histoire économique. Aux Etats-Unis, le nouvel institutionnalisme (T. VEBLEN) inspiré de l’école historique allemande et fondée sur le paradigme des notions de conflit et de pouvoir critiquait déjà l’orthodoxie (paradigme fondé sur la maximisation sous contrainte) pour son incapacité à intégrer dans ses analyses le schéma évolutionniste darwinien. De nos jours, la science économique se situe dans la descendance de Ricardo, l’exemple-même d’une analyse ahistorique du monde de l’économie. Les économistes utilisent l’histoire, surtout celle de l’après-guerre mais en tant que donnée chiffrée (pour l’économétrie par exemple) et sans tentative de compréhension afin de d’identifier divers cycles ou régularités. L’interdisplinarité entre histoire économique et science économique est pourtant évidente, la première offrant un recul considérable à la seconde.
1 Histoire économique et science économique
La science économique offre des outils sophistiqués et permet à l’historien de mieux comprendre certains faits tandis que l’histoire économique fournit un matériau foisonnant à l’économiste et qui peut lui permettre de tester ses modèles. Pourtant, les deux disciplines s’ignorent. A chaque fois qu’elles ont collaboré (l’histoire économique est beaucoup plus demandeur), les résultats ont été excellents.
L’histoire économique n’existe que depuis le 17ème-18ème s., moment à partir duquel le développement a intégré l’économie dans les préoccupations publiques. Les grands économistes de l’époque intégraient alors beaucoup de considérations historiques dan leurs oeuvres. La rupture survient avec Ricardo qui détache la théorie de l’activité concrète des agents. Il y eut un grand débat au siècle dernier. L’école historique allemande, contrairement à l’école classique, soutenait que l’économie politique est incapable de découvrir des vérités absolues (les “lois économiques”), constantes et universelles et qu’elle doit de contenter de principes relatifs, variables et particuliers liés aux différentes conditions de temps, lieu et civilisation. La nouvelle école historique de G. SCHMOLLER, dans laquelle les historiens économistes actuels ne se retrouvent pas plus que dans l’ancienne, va encore plus loin en acceptant la théorie économique qu’après un travail considérable d’études statistiques. Le marxisme, dans un ordre d’idée différent, revendiquait aussi l’interaction entre histoire et économie. L’histoire économique acquiert en Allemagne, et surtout aux Etats-Unis et en Angleterre  une réelle autonomie. Ernest LABROUSSE réussit un travail gigantesque de compilation des connaissances et des outils statistiques et économiques pour une histoire de l’économie qui rallie économistes et historiens de l’économie (malheureusement inachevée et que personne n’a encore rédigé). Il put expliquer la Révolution de 1789 par les cycles de fluctuations des prix et les ravages qu’ils ont causé au mileu rural. Dans les années 50-60, la France d’Ernest Labrousse et de Fernand Braudel occupe une place exceptionnelle dans l’histoire économique qui est par ailleurs assez détachée de l’économie politique et de l’économétrie, ce qui ne permit pas de prendre le virage quand les américains lancèrent la “nouvelle histoire économique”. Cette dernière est initiée par des économistes qui étudient l’histoire afin de comprendre comment s’est formée la croissance (thème en vogue à cette époque) afin de l’appliquer aux pays du tiers-monde. Ils mêlent histoire, science économique et statistique et bénéficient des progrès de l’informatique. Leur succès (Fogel, North, Williamson, Temin...) provient du brio avec lequel ont été traités deux problèmes d’historiographie américaine : la rentabilité de l’esclavage et l’indispensabilité des chemins de fer. Les historiens sont cependant dérangés par le fait que de nombreuses hypothèses irréalistes sont posées pour parvenir à une démonstration alors que l’histoire est traditionnellement une science positive. Aux Etats-Unis, l’histoire économique est devenue une affaire d’économistes, (les historiens n’ayant pas la technicité suffisante : l’histoire sociale, culturelle ou diplomatique ne nécessite pas d’instruments aussi sophistiqués) qui fonctionne brillament, mais en Europe, sauf en Angleterre, la discipline est au point mort.
2 La révolution industrielle au 18ème et 19ème s.
Cette révolution est la plus importante de toutes (invention de l’agriculture, diffusion du moulin à eau) car elle a fait passer les économies et les sociétés occidentales d’un rythme lent à une croissance exponentielle. Une première génération d’historiens (Webb, Toynbee) s’est inquiétée sur ses conséquences sociales mais comme Marx l’avait fait auparavant, les économistes libéraux (Rostow, Bairoch) mettent l’accent sur le problème du sous-développement résultant d’une répartition inégale de la croissance. Les modèles sont macro-économiques et souhaitent caractériser la diversité des cas nationaux, ils se basent sur la compréhension du cas britannique, lieu de départ de la révolution industrielle.
• L’analyse en termes de facteurs de production
Ces auteurs postulent qu’avant la révolution industrielle existaient des quantités suffisantes de facteurs de production disponibles. Le problème posé est celui de l’accumulation primitive du capital (terminologie marxienne) ou de l’origine des capitaux nécessaires pour que le taux d’investissement augmente fortement (condition pour le keynesien Rostow pour qu’une économie décolle et conserve une croissance autosoutenue. Marx voit l’origine du surplus dans l’exploitation coloniale des Amériques qui transfère des capitaux par le commerce extérieur et dans le phénomène des enclosures (et les investissements et restructurations liées au démembrement) qui concentre la rente foncière dans les mains des grands propriétaires. La main d’oeuvre supplémentaire nécessaire provient des tenanciers et petits propriétaires qui auraient été chassés vers les villes. Pour Rostow et Bairoch, le surplus technique provient de la hausse de la productivité agricole grâce à une révolution technique et culturale, tandis que le surplus humain résulte de l’augmentation de productivité agricole qui nécessitait alors moins de main-d’oeuvre. L’approche marxiste est discutable et peu confirmée par les études historiques.
Une autre approche voit la facilité avec laquelle les capitaux à long terme ont pu être collectés (les emprunts d’Etat étaient bas et les besoins étaient faibles) et aussi à court-terme puisque les instruments de l’époque étaient adaptés du fait de l’importance du négoce au Moyen-Age. En revanche, la main-d’oeuvre était en pénurie, ce qui conduisit à une hausse des salaires. Selon HJ HABBAKKUK, les entreprises eurent alors recours à des méthodes de labour-saving (afin d’économiser sur ce facteur coûteux), notamment dans la mécanisation du textile ou l’adoption de nouvelles méthodes de fabrication de la fonte à la houille.
• La dynamique des marchés
Le point précédent a montré que la disponibilité des facteurs de production était une condition permissive de la croissance et l’existence de marchés en expansion en est le stimulus essentiel. Marx néglige ce fait car il ne croit pas en la possibilité d’augmenter sensiblement les pouvoirs d’achat des salaires. Selon lui, la croissance de la production des biens de consommations s’oppose à la faible capacité d’absorption du marché de ces biens, ce qui est générateur de crises périodiques. En revanche, Rostow et Bairoch expliquent que le marché ayant soutenu la croissance industrielle est celui des ruraux du fait de l’augmentation de leur pouvoir d’achat résultant de la hausse de la productivité agricole. Ce fait a été contesté et il est plus probable que l’origine du développement provienne de l’existence d’une classe moyenne bien développée et en croissance numérique qui a permis une révolution de la consommation en Angleterre au 18ème s.
Même si le problème est plus complexe (les échanges allaient dans les deux sens), on peut insister sur le développement des échanges extérieurs dont les débouchés coloniaux permirent de soutenir la croissance industrielle.
• England First ou la non-exemplarité du modèle britannique
Même si la France était la première puissance industrielle de l’époque, la Révolution prit une forme particulière en Angleterre car elle y intervint avant l’industrialisation. Les autres pays ne purent que développer des stratégies d’imitation ou de rattrapage. Tout les autres pays sont contraints au protectionnisme et aux accords tacites afin de préserver leurs chances sur les marchés intérieurs et extérieurs face aux produits anglais très compétitifs. Les guerres de la Révolution et de l’Empire et le Blocus Continental ont permis à l’Europe occidentale de démarrer son industrialisation sans se heurter à la concurrence britannique.
Les Anglais adoptent une politique de secret technologique jusqu’en 1840 afin de consolider leur avance, puis ils exportent leur savoir-faire vers la France et l’Allemagne afin d’offrir des débouchés à leur industrie de construction mécanique et de créer des marchés captifs. Belges et français servent ensuite de relais pour l’industrialisation de l’Europe méditérannéenne et continentale.
            Chaque expérience nationale tire sa spécificité de l’originalité des structures de son économie et de sa société. Les Français disposaient par exemple d’un fort réservoir de main-d’oeuvre ce qui explique que le recours à la mécanisation se limitait aux très forts gains de productivité et que de même, les chercheurs se sont très tôt penchés aux techniques économisant l’énergie. Au contraire, les Etats-Unis et leur marché aux besoins gigantesques (explosion démographique, rareté de la main-d’oeuvre, distances importantes...) ont conduit à adopter très précocément des formes poussées de mécanisation et partant la standardisation des pièces.
            Enfin, les pays retardataires ne suivent pas forcément la même voie que les précurseurs, ce qui les rend au départ dépendants (investissements plus élevés) mais par la suite aussi plus compétitifs, ce qui explique que l’Allemagne et les Etats-Unis dépassent la France dans la seconde moitié du 19ème s.
• Quelques voies nouvelles de recherche
Un consensus actuel s’accorde sur le fait que toute explication unicausale de la révolution industrielle est vouée à l’échec et aussi sur celui que la révolution, dont le terme est peu apprécié par les historiens (si ce n’est pour son sens de mutation), a été un processus lent et progressif (énergie hydraulique et machine à vapeur lentement assimilées, diminution de l’agriculture progressive) s’étendant sur plus d’une génération.
            Des recherches sembleraient fructueuses en fonction de 4 problèmatiques:
- le concept de proto-industrialisation proposé par F. MENDELS selon lequel l’industrie rurale est une étape préliminaire dans le passage à l’industrie moderne.
- l’industrialisation a été un processus progressif qui a lentement gagné l’ensemble de l’économie à partir de quelques régions limitrophes (Belgique, Suisse, Rhénanie-Westphalie, Nord de la France), la compréhension de l’articulation entre les échelles régionales, nationales et transnationales permettrait des progrès dans l’industrialisation
- les économies et les sociétés qui ont le plus facilement entamé le processus d’industrialisation étaient celles qui avaient connu la plus grande modernisation (taux d’alphabétisation, degré de rationalité des comportements beaucoup plus que richesse).
- E.A WRIGLEY s’interroge sur le caractère non unitaire de la Révolution industrielle. Selon lui, une phase de mécanisation (GB, 1760-1830) a permis d’augmenter la productivité par l’homogénéisation des marchés et la division simple du travail, comme le conseillait Adam SMITH dans “la Richesse des nations”. En revanche, comme le pensait Malthus, le développement aurait pu être bloqué par une insuffisance de ressources. Or, ce problème est résolu grâce aux potentialités de croissance quasi-illimitées avec le remplacement de l’énergie hydraulique, animale et humaine par l’énergie mécanique, la machine à vapeur et l’utilisation de matières organiques dans l’agriculture (remplacement du bois p. e.; de même importation et non production de coton). Il faut remarquer que ces deux phases se confondent plus qu’elles se succèdent et insister sur l’importance des chemins de fer dans la croissance.
Rostow et Bairoch avaient dans les années 60 essayé d’analyser les industrialisations de l’Europe du Nord-Ouest et des Etats-Unis afin de tirer des leçons applicables aux pays du Tiers-monde. Or, les nouvelles industrialisations du 20ème s. (automobile, électricité, chimie) nécessitent des capitaux considérables et les emprunts indispensables mettent les pays pauvres en situation de dépendance. Ils doivent tenter de se reporter vers les industries caractéristiques de la Révolution industrielle et actuellement en déclin en Occident, tels le textile.
3 Industrialisation et intégration internationale au 20ème s.
Au début du 20ème s. Mantoux et Ballot ont insisté sur l’importance des innovations techniques comme facteur explicatif majeur du processus d’industrialisation. Mais ce n’est que depuis MUMFORD, LEWIS ou MARCHAL qu’on a pris conscience de solidarités structurelles entre les différents procédés techniques et des leur liens avec l’économie, le social et l’institutionnel, ceci prenant forme dans l’analyse contemporaine du progrès technique en termes de système (B. GILLE, C. FREEMAN...).
L’industrialisation dans la plus grande partie du 20 ème s. repose sur la lente et progressive construction d’un nouveau système technique dont les premiers éléments se mettent en place dès la fin du 19ème s.
Le système technique de la première industrialisation était fondé sur un matériau produit à bon marché= le fer, un produit de consommation à vaste capacité de diffusion= le tissu, une source d’énergie mécanique nouvelle= la vapeur, et de nouveaux moyens de transport= chemin de fer et bateau à vapeur.
La seconde industrialisation est fondée sur une nouvelle forme d’énergie= l’électricité, une nouvelle source d’énergie= le pétrole, des matériaux nouveaux = l’acier, les métaux non ferreux, les plastiques, et sur un bien de consommation durable= l’automobile.
Les deux systèmes se sont engendrés et ont cohabité plus qu’ils ne se sont opposés et le second a alimenté sa croissance dans le développement du premier.
Nouveaux produits et nouveaux procédés ont comme l’expliquent Gille et Freeman conduit à des formes nouvelles d’organisation du travail, de combinaison de facteurs et de structuration de marché. Ainsi, l’industrie automobile a été le lieu de nouvelles méthodes de production (le taylorisme et le travail à la chaîne). Les techniques fixent à un niveau élevé la taille minimum des entreprises, ce qui nécessite des capitaux qu’il n’est possible d’amortir que par la production de masse. Les structures de production deviennent naturellement très concentrées et oligopolistiques.
Ces évolutions favorisent l’internationalisation de l’économie industrielle, et les pays passant à la deuxième phase d’industrialisation permettent aux pays périphériques de se lancer dans la première. L’industrie textile, en plus de l’avantage du faible coût de la main-d’oeuvre commun à de nombreuses industries, bénéficie de la faiblesse du coefficient de capital, c’est-à-dire qu’elle peut être efficace à partir de petites structures. Les pays en voie d’industrialisation ont pu bénéficier d’équipements plus performants ou d’équipements d’occasion moins chers et de l’importance d’un marché potentiel en expansion avec l’accroissement démographique. Leur adaptation leur a permis d’éviter des importations coûteuses. Les pays plus anciennement industrialisés ont entrepris alors de délocaliser, soit pour contourner les mesures protectionnistes (EU contre Amérique du Sud avant 29 et après 35), soit pour se situer à proximité des marchés en expansion.
• Les difficultés de la maturation technique et le cloisonnement des marchés mondiaux : 1900-1950
Les premiers éléments d’un nouveau système technique apparurent durant la Grande Depression des années 1880 avec la production et la distribution d’électricité (E-U, All, GB) et le développement de la chimie de synthèse (All) mais ne furent exploités qu’au tournant du siècle et par la France encore un peu plus tard. De même, l’automobile, un des moteurs essentiels de la croissance au 20ème s. ne devient un produit de grande consommation qu’à la veille de WW1 et aux EU seulement.
Les industries de la première industrialisation (textile, métallurgie) virent leur production plafonner dans les vieux pays industriels et leur part dans l’industrie diminuer : saturation des marchés intérieurs, arrêt des grands chantiers, contraction des débouchés extérieurs. Vers le dernier tiers du 19ème s., les techniques les plus simples étaient diffusés dans des pays encore ruraux comme la Russie ou le Japon. La guerre de 14 qui ralentit l’essor des vieux pays industrialisés permit au pays neufs tels que l’Argentine ou le Bresil de ne plus se limiter au rôle de fournisseurs de matières premières pour développer leur stratégie d’industrialisation et ainsi limiter leurs importations (beaucoup de protectionnisme. Le Japon parvient même à conquérir des marchés au britanniques) tandis que l’Inde et la Chine satisfaissent une partie de leurs besoins en textiles.
Les anciens pays industriels ne comptant que partiellement sur leur marché intérieur, la réduction de débouchés est en partie responsable des difficultés de l’entre-deux guerres. Les techniques de la seconde industrialisation n’étaient rentables qu’en cas de demande solvable, importante et croissante. Or, dans les pays européens industrialisés, le pouvoir d’achat n’augmentait que très lentement et les marchés extérieurs se montraient incapables d’absorber des produits nouveaux et coûteux.
La pratique du libre-échange instaurée sous l’impulsion de la GB avait souffert pendant la dépression des années 1880. La crise des années 30 renforça le protectionnisme et la constitution de marchés protégés (colonies ou pays alliés). Pendant ce temps émergent de nouvelles techniques.
• L’apogée du sytème technique : le moment de la “croissance équilibrée”
Vers le milieu des années 50 et jusqu’à la fin des années 60, l’apogée du système technique s’illustra par la croissance équilibrée dont on espérait alors pouvoir déterminer le sentier pour s’y placer pour toujours. Elle a été remarquable par un développement de la production manufacturière et surtout des échanges extérieurs. La demande, refoulée pendant la guerre, se développa avec la reconstruction et les politiques d’inspiration keynesienne. La libéralisation du commerce extérieur permit l’épanouissement et la diffusion du système technique (innovations : nucléaire, ordinateurs, mais aussi utilisation d’anciennes technologies : automobile... et progrès techniques considérables : télécom, micro-électronique...). Les progrès des transports et des télecommunications permirent le développement des délocalisations.
La troisième vague d’industrialisation est à relier dans une certaine mesure à l’accession à l’indépendance de nombreux pays après WW2. Un premier groupe (Corée du Sud, Singapour, Taïwan et Hong-Kong) regroupe des pays manquant de ressources naturelles qui, après une phase de substitution d’importations, ont progressivement adopté une stratégie de croissance fortement appuyée sur des industries à potentiel exportateur. A l’inverse, les grands pays d’Amérique latine ont préféré affirmer leur indépendance post-coloniale en tentant de substituer leurs importations par de la production nationale. Un dernier groupe, industrialisé plus tard mais riche en ressources (Malaisie, Thaïlande, Philippines ou Indonésie) adopte la même démarche que les premiers afin de résorber leur endettement. Grâce à la croissance, les dragons ont pu développer le potentiel de leur marché intérieur tandis que les pays d’Amérique latine subissent une crise intérieure (les inégalités caractéristiques de la répartition des revenus étant déjà peu propice à la consommation) et se reportent désormais sur les industries à potentiel d’exportation.
• Vers un nouveau système industriel?
Le fléchissement de la croissance économique mondiale commença vers la fin des années 60, surtout au sein des pays industrialisés où il s’accompagna d’un accroissement important des besoins des administrations publiques et d’une baisse des taux d’épargne nette des ménages. La rupture des rythmes élevés de croissance, qui toucha ensuite les PVD et les pays socialistes, s’explique par l’épuisement des facteurs spécifiques de la croissance exceptionnelle des années 55-67 (bas prix d’une source d’énergie abondante = le pétrole, libéralisation économique après la segmentation de l’entre-deux guerres, le développement technologique et la production de masse. Le principal aspect du changement fut la baisse de la contribution de l’industrie dans la création de richesses au profit des services, ce qui interroge sur une possible transition vers une société post-industrielle. La fusion entre les nouveaux courants d’innovation et les techniques propres à chaque branche s’est en effet concrétisée par un élargissement de la gamme des produits et des procédés, souvent par une véritable mutation des modes de production ainsi que des conditions de la concurrence. Cette réforme de l’entreprise ne semble pas contrarier le processus de désindustrialisation des pays occidentaux. L’industrie souffre d’une augmentation supérieure des salaires à celle de la productivité, ce qui lié au premier choc pétrolier, affecte sa compétitivité.
On assiste en fait plus à une nouvelle géographie industrielle qu’à une diminution du poids de l’industrie. L’industrie américaine traverse une grave crise de productivité et sa maîtrise technologique trouve peu de valorisation économique. Au contraire, le Japon, complètement dépendant de ses ressources, a démontré une remarquable capacité d’adaptation structurelle de son industrie à la suite des deux chocs pétroliers (vers les biens de consommation durables : Hi-fi...). Il multiplie de plus des liens étroits avec les nouvelles économies industrielles d’Asie.
Mettant à profit le recyclage des pétro-dollars et le développement des nouveaux marchés pétroliers, une 20aine de pays ont ainsi accédé à l’industrialisation après Hong-Kong, Singapour, Taïwan et la Corée du Sud dans les années 60. Perçus au début des années 70 comme de simples ateliers d’exécution des firmes multinationales à la recherche de main-d’oeuvre bon marché pour des productions banales, ils se sont révélés être des pôles de développement très vite autonomes. Le faible coût de leur main-d’oeuvre leur confère une compétitivité exceptionnel, leur compétence s’étendant de plus en plus au produits de plus haute technologie.
Les meilleurs ont su se défaire de la dépendance des pays étrangers en développant leur marché intérieur (Taïwan, Corée). Ces mêmes répondent à la déterioration de leur compétitivité consécutive à l’appréciation de leur monnaie en délocalisant (Taïwan vers la Thaïlande, la Malaisie vers les Philippines...), ce qui contribue à la diffusion des activités industrielles.
Un très grand nombre de pays restent cependant en dehors du processus d’industrialisation. Le processus d’industrialisation qui touche les autres s’explique par croissance considérable des investissements directs à l’étranger en provenance des EU, du Japon, des pays d’Europe Occidentale ou des NPI, motivé par les coûts de main-d’oeuvre plus faible mais aussi par la possibilité d’éviter les mesures de dumping et les perturbations causées par les extrêmes fluctuations des taux de change.

On retourne donc à une industrie mondiale multi-polaire (comme pendant l’entre-deux- guerres). La chance des autres pays est de profiter des technologies de la troisième révolution industrielle si ils le peuvent (informatique, etc...) comme l’ont fait à retardement les suiveurs de l’Angleterre (p.e. Japon) pour la première, et les NPI avec l’automobile ou la sidérurgie pendant la deuxième.

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