Le développement économique


1 Un concept récent pour un phénomène ancien
Le terme de développement date des années 1950 en France à partir du terme sous-développement (remplacé en 1965 par pvd). Tiers-monde a été inventé en 1952 par A. SAUVY. La période de développement commence avec la rupture de la révolution industrielle, le développement intègrant l’amélioration du niveau de vie et du bien-être et pas seulement les élèments économiques. Il n’y a pas qu’une forme de développement (à l’est aussi p.e.). Le développement du tiers-monde par les bidonvilles est le mal-développement. Celui-ci est aussi décelable dans les sociétés occidentales par la pollution et au niveau mondial par l’effet de serre.
Il peut y avoir de la croissance sans développement mais si l’on considère qu’il peut y avoir du développement sans croissance, ses origines remontent alors à la révolution néolithique (-9000/8000 av. JC). Il a été le passage d’une économie basée sur la cueillette à celui d’une économie basée sur l’agriculture et l’élevage. Cette invention de l’agriculture est à l’origine de la sédentarisation. Cependant, les gains de niveau de vie entre le néolithique et l’Europe du XVIIème s. sont d’environ 70 à 120% (avec un recul au départ) alors qu’entre cette même Europe et les Etats-Unis de 1990, ils sont de 2800 à 3200% (0,01% et 0,095% par an). Le principal argument pour ne pas considérer cette période comme du développement est de plus que l’écart entre les régions riches et les régions pauvres était très limité.
2 Le développement de l’Occident : une césure majeure de l’histoire mondiale ou le simple infléchissement d’une courbe?
L’histoire de l’humanité n’a pas commencé avec la révolution anglaise du XVIIIème s. Cette révolution a contracté de nombreuses dettes envers les multiples innovations du passé : système d’assolement à la base de la révolution agricole en GB existant déjà aux PB, chemin de fer tributaire de la Sphère d’Aelos d’Heron d’Alexandrie, des machine à vapeur de Papin ou de Savary (1690), et nombreuses inventions du monde musulman, lui même débiteur des civilisations chinoises et gréco-romaines. Les changements les plus considérables touchent l’espérance de vie (surtout mortalité infantile), l’urbanisation, et les rapports de domination internationale (que la RI a permis grâce à l’expansion de l’économie et les répercussions militaires des développements technologiques). Donc la rupture est brutale (même si elle s’échelonne sur 80 ans) et c’est la plus importante des ruptures de l’humanité.
Pourquoi pas plus tôt ? (dans la Rome Antique) Pourquoi pas ailleurs ? Et s’il n’y avait pas eu la RI, on pourrait imaginer que le XVIIème s. constitue l’apogée de la civilisation européenne.
3 Un bref apercu des principales composantes de la RI
Première étape : processus de transformation de l’agriculture anglais par l’adoption de méthodes de cultures déjà utilisées aux PB. Entre 1740 et 1840, gains de productivité multipliés par 3 alors qu’ils n’avaient progressé que de 40 à 80% en 8 ou 9 millénaires. Ce secteur, qui occupait 3/4 des actifs, a eu des repercussions sur l’ensemble de l’économie. Le développement de la demande du secteur rural entraîna un accroissement de l’industrie des transports, et l’augmentation des ressources entraîna une demande de vêtements. Celle-ci aboutit à un goulot d’étranglement, résolu par une invention déterminante : la mécanisation de la filature (inventée par le coiffeur Arkwright en 1769). Puis une innovation capitale survint avec le remplacement du charbon de bois par la houille pour la production de fonte. Ces innovations doivent leur naissance à la forte demande et elles étaient plus contraintes que naturelles puisque les produits étaient longtemps de moins bonne qualité (ce n’est qu’en 1805 que l’Amirauté Britannique leva l’interdiction d’utiliser pour la flotte du fer produit grâce au charbon.
Les transformations agricoles qui ont amené des bouleversements industriels montre l’aspect prépondérant des interactions. L’agriculture, qui par ses besoins avait contribué à la naissance de la sidérurgie moderne, profita largement de la baisse du prix du fer qui en résulta. Puis ceci profita aux chemins de fer qui s’ouvrirent en 1825 en GB. La révolution industrielle toucha la France, la Belgique, la Suisse et les E-U vers 1800-1810, l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie (1830-50), l’Espagne, l’Italie, la Suède, la Russie (1860-1880) puis le Japon. A la veille de la WW1, le niveau d’industrialisation par hab en Europe est 60 fois plus élevé que vers 1800 et la productivité agricole multipliée par 43.
4 De l’emballement du développement à la crise du développement
Les observateurs du développement étaient très influencés par la théorie des cycles (à une phase de croissance succède la crise) au moment où éclate la crise des années 1930.
Les raisons invoquées sont le changement de la nature de la consommation (les produits manufacturés remplacent les produits traditionnels). Le niveau de vie baissant jusqu’à WW2, les spécialistes pensaient qu’il avait été atteint un plancher de limite du développement qui donnerait lieu à un état stationnaire. Le fascime fut une conséquence directe de la grande dépression par son refus de maints changements structurels entraînés par le développement et notamment la disparition de la classe moyenne.
- L’accélération du développement : La reconstruction fut très rapide, notamment grâce au plan Marshall (les EU y ont consacré 2% de leur produit national pour ne pas laisser le communisme s’implanter en Europe), à la réorganisation des systèmes monétaires et des relations internationales, à la faiblesse des réparations et à une meilleure connaissance des mécanismes économiques.
Après la reconstruction, la croissance continua tant à l’Ouest qu’à l’Est, sans subir aucune crise entre 1946 et 1974 (dans la même période, produit national de l’Europe occidentale multiplié par trois et produit par habitant par 2,5). A l’Est, où la planification supprime par définition tous les cycles, la croissance fut même encore plus forte.
- Le bouleversement des structures socio-économiques de l’Occident : développement de la qualité de vie, uniformisation des modes de vie.
- Du hippy au jeune chômeur : Les effets néfastes du développement sont pris en considération bien avant la crise de 1973 (mai 68, 72: Club de Rome “Halte à la croissance). La crise de 1973 (sans comparaison avec celle de 29) n’a jamais été suivie d’une reprise réelle, notamment en termes de chômage.
- Une désindustrialisation de l’Occident? Baisse au profit des services.
5 Pourquoi le Tiers-Monde n’a-t-il pas amorcé un développement au 19ème s.?
Au début du 20ème s., l’Argentine, le Chili ou l’Uruguay s’étaient engagés dans la phase de développement au même titre que l’Europe où le Japon mais on se rend alors compte que l’industrialisation, si elle implique le développement, n’en est pas une condition indispensable. En effet, une absence d’industrialisation (p.e. Nouvelle-Zélande, Australie, Canada, Pays-Bas, Norvège, Danemark, Argentine) n’implique pas nécessairement une absence de développement. Cela est rendue possible par la bonne productivité de l’agriculture et la faible population qui favorise les exportations.
Le développement n’est malheureusement pas à sens unique puisque les pays d’Amérique latine ont commencé à éprouver des difficultés vers 1920, moment à partir duquel leur revenu par habitant à stagner alors qu’il a été multiplié par 6 jusqu’en 1990 dans les autres pays développés.
Seul le monde européen, à l’exclusion du Japon, a pu suivre le développement alors que tous le recherchaient. On se rend compte que la révolution agricole, moteur du développement, n’a pas franchi les frontières du monde occidental. Le problème n’était pas la technologie mais l’adaptation telle quelle de la révolution anglaise à des climats et des densités de populations différentes. Il en a été pris conscience dans la révolution verte du début des années 60.
La colonisation est aussi responsable des retards du tiers-monde. Les pactes coloniaux interdissaient la production dans les colonies. Lorsqu’elles ont été acceptées les colonies accusaient tellement de retard par rapport aux pays d’Europe que les marchés intérieurs furent envahis. Ainsi, l’Inde vut son industrie textile complètement disparaître et son industrie sidérurgique énormément souffrir. La Chine, du fait de l’immensité de son marché, dût assumer plus de la moitié de ses besoins par de la production intérieure. De même, les pays d’Amérique latine, indépendants depuis le début du 19ème s. ont succombé devant les produits britanniques, ce qui entraîna leur désindustrialisation.
6 Le colonialisme et l’indépendance : sous-développement et développement
Le colonialisme n’est pas seul responsable du sous-développement. L’industrie traditionnelle aurait pu subvenir aux besoins nationaux. Mais le libéralisme, permettant d’exporter les produits des métropoles vers les colonies, a tué les industries traditionnelles.
L’extension des cultures non vivrières d’exportation et le développement des industries extractives s’est traduit par la spoliation des terres des autochtones, l’exportation des profits et la désaffection des cultures vivrières. Le colonialisme a permis d’améliorer les conditions sanitaires, ce qui a cependant conduit à une démographie galopante.
Le colonialisme a été fortement néfaste pour les colonies, mais il n’a pas été un facteur primordial du développement des métropoles. L’économie n’est pas un jeu à sommes égales, les pertes des uns ne font pas les bénéfices des autres. Seuls des groupes sociaux très restreints ont tiré des gains très restreints, mais au niveau macro-économique, l’avantage est négligeable. Pour preuve, les pays ayant le mieux réussi leur développement sont les pays sans colonie.
La dépendance coloniale étant vue comme la cause au manque de développement, tout le monde s’accordait à libérer les colonies. Les espoirs de croissance amenait la SDN à s’inquiéter sur les conséquences d’une très forte concurrence internationale. Mais après une forte hausse après WW2, les prix des produits tropicaux et des matières premières commencèrent à baisser. Ceux-ci baissant plus que les importations, la balance commerciale des pays en voie de développement se dégradait. Les pays riches accordèrent alors des aides. Mais, les aides devant être remboursées, on préféra agir sur les rapports économiques internationaux. L’ONU créa la CNUCED en 1962, le PNUD en 1965 et l’ONUDI en 1967. Les problèmes n’étant pas résolus, la confrontation Nord-Sud devint réelle avec l’accord de Téheran en 1971 (augmentation de 50% du prix du pétrole brut), puis la création d’un cartel en octobre 1973 multipliant le prix du pétrole par 4.
La désillusion sur les politiques du développement apparut autant à l’Est qu’à l’Ouest. Certains pays islamiques ont alors décidé de rejeter tout ce qui venait de l’occident.
7 Echecs et réussites du développement du Tiers-Monde à économie de marché de 1950 à nos jours
On exclut ici les pays hors économie de marché (Vietnam, Chine, etc...). En général, les données sur les succès sont plus faciles à obtenir que celles sur les échecs. Dans de nombreux domaines, la progression a été plus rapide que celle de l’Europe mais elle s’est accompagnée de nombreux effets pervers. La démographie a fait des progrès extraordinaires mais ceux-ci ont contraint le développement. L’agriculture a fait des progrès indéniables mais elle n’a pas suffi à compenser l’inflation démographique, ce qui fait que le PVD importent désormais plus qu’ils n’exportent en matière agricole. L’éducation s’est considérablement améliorée, mais ceci a entraîné l’urbanisation, d’où les bidonvilles (alors que la ville a été en Europe au 19ème s. un facteur de développement). L’industrialisation fut très bonne, mais elle s’est principalement limitée aux 4 dragons. Le niveau de vie s’est enfin élevé, mais il a baissé ces 20 dernières années, et les inégalités se sont accrues. Le problème de l’endettement doit être soulevé.

Tous les scénarii sont envisageables pour le futur du développement.

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